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Carta de de Friedrich Nietzsche à Malwida von Meysenbug

by in Cartas

Nietzsche


Friedrich Wilhelm Nietzsche (15 de outubro 1844 – 25 de agosto 1900) foi um dos filósofos mais cáusticos e influentes do século XIX. Se a imagem mais conhecida que se tem é a do grande homem brilhante que fora, Nietzsche conheceu também grandes momentos consideravelmente questionáveis. Malwida von Meysenbug, escritora, foi uma das maiores amigas do filósofo. Em Roma, em 1882, ela lhe apresentou a uma mulher que em seguida será considerada como uma das mais importantes em sua vida, para o bem e para o mal, Lou Andreas-Salomé. Depois de um pedido de casamento recusado pela jovem, e o fracasso de um triângulo amoroso entre Nietzsche, Lou e Rée, os dois amigos acabam se afastando. Nesta carta, Nietzsche se despede de Malwida, e prova que uma amizade pode ser tão poderosa quanto um grande amor, e romper essa ligação pode ser bem mais sofrida que uma ruptura amorosa…


[21 mars 1882]


Très chère Mademoiselle,


Nous nous sommes en fait dit notre dernier adieu — et ce fut la crainte de tels mots ultimes qui m’a rendu muet à votre égard si longtemps. Entre-temps, la force vitale et toutes sortes de forces sont en moi agissantes : je vis donc une deuxième existence, et c’est avec ravissement que j’apprends que vous n’aviez jamais complètement renié cette croyance en une deuxième vie chez moi. Je vous en prie aujourd’hui, vivez longtemps, très longtemps : ainsi, je pourrai encore vous procurer quelques joies. Mais je ne dois rien précipiter – l’arc selon lequel court mon existence est grand, et, en chacun de ses points, il me faut avoir vécu tout aussi profondément et avec autant d’énergie : il me faut être jeune longtemps, longtemps encore bien que je m’approche déjà de la quarantaine.


Que tout le monde me laisse actuellement seul, je ne m’en plains pas — je trouve, au contraire, que c’est, premièrement, utile et, deuxièmement, naturel. C’est et ce fut toujours la règle. Même l’attitude de Wagner à mon égard fait partie de cette banalité de la règle. En outre, c’est l’homme de son propre parti, et le hasard de son existence lui en a donné une image si arbitraire et si incomplète qu’il ne peut pas comprendre la gravité et la nécessité de mon genre de passions. L’idée que Wagner ait pu un jour croire que je partageais ses vues me fait aujourd’hui rougir. Finalement, si je ne me trompe pas tout à fait sur mon avenir, c’est dans l’influence que j’exercerai que survivra la meilleure part du wagnérisme — et c’est pour ainsi dire ce qu’il y a de drôle dans l’affaire…


Envoyez-moi, je vous en prie, votre article sur Pieve di Cadore : c’est volontiers que je mettrai mes pas dans les vôtres. Il y a deux ans, c’est justement vers cet endroit que se tournaient avec envie mes regards.


Ne croyez pas ce que Rée vous dit de moi — il a trop bonne opinion de moi —, ou plutôt : je suis la victime de son instinct idéaliste.


À vous de tout coeur, je reste le vieux, même si c’est le nouveau,


Friedrich Nietzsche.


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