201609.09
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Le numéro 124 des Actes de la recherche en sciences sociales vise à rendre compte d’un paradoxe. Les normes qui définissent la bonne façon de « faire famille » se présentent aujourd’hui de façon paradoxale. Alors même que la diversification des formes familiales a largement été légitimée par la loi, l’idéal de la famille de deux enfants est...

Le numéro 124 des Actes de la recherche en sciences sociales vise à rendre compte d’un paradoxe. Les normes qui définissent la bonne façon de « faire famille » se présentent aujourd’hui de façon paradoxale. Alors même que la diversification des formes familiales a largement été légitimée par la loi, l’idéal de la famille de deux enfants est aujourd’hui largement partagé et les techniques de procréation assistée, ou de limitation des naissances, sont fortement mobilisées pour y parvenir. Le « droit d’être parent » apparaît comme une façon d’accéder à une forme de normalité sociale, en particulier pour les couples homosexuels.


Pour autant, les manières d’être parent font l’objet d’une multiplicité de normes, plus ou moins contradictoires, et ce dès l’annonce de « l’arrivée » de l’enfant. D’un côté, le « naturel » est sans cesse convoqué pour qualifier l’enfant à naître et pour inviter à traiter les « besoins » des corps. D’un autre côté, la surveillance et la médicalisation, depuis la grossesse jusqu’à la petite enfance, n’ont pas reculé, dans une alliance de loin en loin réinventée entre la médecine et la psychologie.


Les articles proposés dans le numéro mettent en lumière la prégnance de ces normes sociales, variables par ailleurs selon la classe sociale et le sexe. Ils montrent également comment le genre intervient fortement à la fois dans la division sexuelle des rôles parentaux, consacrant toujours le rôle « maternel » des femmes, et dans le travail parental qui participe fortement à la socialisation genrée des enfants. Enfin comme en attestent les enquêtes empiriques exposées dans le numéro, Tout au long de l’enfance, l’exercice de la fonction parentale est ensuite encadré par de nombreux dispositifs juridiques et institutionnels, dont l’objet s’est étendu depuis une quinzaine d’années, sous l’égide d’une nouvelle catégorie de l’action publique : la « parentalité ».


En amont de la protection de l’enfance, mais aussi dans les politiques scolaires ou de prévention de la délinquance, le mot d’ordre de la « responsabilisation » des parents s’est imposé comme une nouvelle manière d’agir sur les pratiques parentales. Le numéro met ainsi au jour les conséquences potentiellement répressives de dispositifs de « soutien à la parentalité». Enfin il rend compte des recherches existantes sur l’homoparentalité et de leurs usages dans les débats publics étasuniens.Mais les définitions proposées de ce travail de « responsabilisation » se différencient, entre conceptions humanistes ou plus répressives, jetant les bases d’un « champ de la ‘parentalité’ ».Du côté des familles, la recomposition des normes et des pratiques s’exprime de façon différenciée d’un point à l’autre de l’espace social. Ce sont ainsi autant les trajectoires qui conduisent à la première naissance, que les pratiques de soins ou d’éducation ou encore le rapport aux institutions médicales, sociales ou éducatives qui permettent de saisir les formes d’appropriation des normes contemporaines de « parentalité ».



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